Eau, sel et sang,
à la douleur et la fille.
-I-
Râle puissant & mort et meurtrissures sur ta peau de fer & plaisir de l'inconvénient & épaisseur du sang versé & glaires crachés sur les squelettes de tes dépeçages monstrueux & courte veste pour gloser sur le style de la refondation des mondes & putréfaction de la cause du peuple & partage des commisérations entre des quidams bienheureux de se retrouver au fond du trou de l'être & passion débordante en mon sourire de paix & pose & geste & fiente de la douleur & je suis le glaive & je suis le feu & je suis poussière & je suis malheur & je suis bonheur & je suis mélange & partout se cache l'invisible flottement de nos morts & dans nos lits & dans la cour & dans les psaumes de ma Bible & c'est un cri & c'est un cri sur le corps de la douce & c'est un mot sur la fleur de l'âme rompue par le pain de sa chair & c'est la lutte & c'est la festive lenteur des graviers qui roulent sous la roue & une torture connue & râle puissant & inconvénient de ne pas être mort & encore soulagé de la chair & de la glaise dans la gorge & d'où la lumière s'échappe
-II-
jamais & jamais & on ne dira assez combien de morts il nous fallut laisser choir pour nous considérer vainqueurs & malgré le feu des lances enflammées & malgré les caprices des soldats venus quémander le pain du sang & malgré la pluie endurée plusieurs jours & nous fîmes de notre combat un carnage & nous prîmes la chair de l'ennemi entre nos dents pour nourriture & nous prîmes le sang de l'ennemi pour breuvage & nous prîmes ses armes pour tuer ses compères & nous gagnâmes au poignet la victoire du Styx
-III-
tu ne tueras point
tu ne voleras point
tu ne convoiteras point l'amant de ton soldat
&
tu ne hurleras, ni ne méditeras sur les cadavres laissés derrière nous
&
tu passeras par les meurtrières les traîtres
tu brûleras les épures et stratagèmes
&
tu briseras la coupe d'amertume
tu rongeras le crâne de Lilith
-IV-
je suis mort & déjà mort & je ne regrette rien & pas même les sons & les boissons & les risques de la chair bitumée en complice charria de mes nuits & ma carne remue & encore & mort entre les deux rives de la lumière & la vie & tourne en éclats
-V-
j'appelle Salomé & elle ne répond rien & ère du mutisme & et je fuis & et je râle & des atroces comices où le veau est sacrifié & je peine à dire & je peine à jouir le sang des bêtes monstrueuses & je glapis et vomis & le sang & l'ordure & les passions & le cœur & les hérauts & je nourris ma haine & au vieux manoir & coule le sable & les heures creuses & de l'ennui & de ton corps & ton sexe & de rotule & ta vulve & enfouie dans les miasmes & les cris & tes cris & ta douleur & je frappe & je flagelle & je t'esquinte & je t'abîme de coups & j'aime entendre hurler & à la vie perdue & la mort maculée & le rire des champs & des fenaisons mal meulées & des rires obtus comme les nourrissons mort-nés & la rixe de nous deux & en un coin excentré de la hutte & des vices et vies & des calices de la paix & dans le sang & les glaires sans repos & je vomis à nouveau & pour nourrir mes heurts & mes hématomes s'entrouvrent une nouvelle fois & comme la blessure des temps maudits & sur la toile de ma haine & le chagrin cumulé & la raison perdue & le risque des songes merveilleux & entrevus & pour rien & le cumul des pêchés & je vire au noir pour croire en toi & en ta charpie de corps & tu n'es que corps & tu n'es que mal & MAL
-VI-
une fois je sens la faucheuse autour de mon aura funeste de tripoteur de mots comblés de maux & je répète la lente agonie de la lune & prêtresse des faveurs édéniques & je pleure ma vilenie & mon suc argenté entre deux paroles & pour souffler & gémir & bâfrer avec les gueux de la déraison & les pouvoirs occultes des bovins sacrifiés me sont étrangers & mes nerfs sont à vif & ma rage s'atténue & j'engrange les perles de sueur sur ma table & le vin n'a pas la saveur du travail cette année
-VII-
dans le dévoilement des tensions & l'obscur & de l'œil vert de l'enfance & des grâces maudites de la terre & des parangons de vertu qui amusent la forêt de conifères & où sont pendues les sorcières de l'oracle si moderne & il happe le temps & dans l'espace des infinis trompeurs de la solution gagnée à coup de dés & de théories humaines & trop humaines & la raison le garde de l'emploi de l'indicatif pour approprier le futur & ripaille des temps circonscrite dans le bonheur de tuer & tuer encore le siècle des filles courts vêtues & elles rêvent de tourmenter leur identification à la moderne progression des horaires masculines & la rage de les voir flotter & dans le dévoilement des tensions arythmiques du sonar & le cœur est pénétré de graisse & la nourriture des cornées & l'œil noir de la malversation du corps sur l'esprit & métastase des brides cellulaires & la moelle ravagée par l'impur sang & la glace des testicules entamées par le crabe des souvenirs diffus & les filles passent leur temps à perdre le poids de leurs illusions portées sur le trottoir des rixes & à la peau blâmées des nues & l'Eglise accueille les chiens et gueules mortes de la sainteté & le prêtre évanouit d'un sermon la geste paroissienne & l'amour n'est plus divin & simple coït ininterrompu entre un batracien et le rat champêtre des vertiges de cette tension du trou & dans le dévoilement de la justice & son glaive et sa bave & les pendus sombrent une fois de plus du haut des rocs & plongés dans la mare aux batraciens & coulent les squelettiques décisions qui basculent les fondations du château d'Argol & les marâtres dirigent le slip & le corset des gloires & les trottoirs de la rixe ont le parfum des idées heureuses & mais les sorcières descendent du mont défunt et engagent un dernier combat sylvain & les curies brûlent & du fond du baptistère l'eau bouillonne et la marque des enfants lient le destin des vivants & les rêves dévoilent les horizons d'attente & dans le dévoilement des tensions & le mal & hurlement des sagesses anciennes abattues & la chair confond poussière & blancheur séminale & sel & sucre & oignons & varices sur la pureté & la sainte en tenue diaphane harangue d'hostiles foules & elle s'embrase du feu des aciéries & la tension est un trou & le calice un mensonge courtois & la bourbe un scalpel pour le vice éteint & l'orage sur le front des chrétiens & l'arraisonnement des pauvres esquifs pour pêcheurs & l'âme contrite en un soupir de contentement & la lente dérive des tensions nocturnes où le Mal règne en force & la transparence des perles de sueur bleues
-VIII-
le trépas est un songe & je vois le calice de ta peau embrumée & touchée de grâce & reniflée en un saut & ta main dans la mienne & pour la plus belle transe & intime défloraison du tutoiement des chairs & langage des corps mis à nus & reste de la démangeaison de ton sexe en pente vers l'attente / jamais tu ne sauras combien tu me manquais & dans ton effroi & dans tes cuisses refermées & dans le souffle rauque de ton crépitement partiel & en noire cuirasse des pleurs & des déchirures de ta peau & de ta vulve reposée & ce chat mécontent rumine sa haine & nos silences butent sur un saut passéiste en un désastre des gymniques & tu connus l'extase & l'orgasme / une première pour toi & tu ne le diras point & l'avoue une fois sur cent & tes lèvres assoiffées de miel & de la spermicide torpeur de te tuer en une culbute informe
-IX-
ne crois-tu pas qu'il nous faudrait
© Daniel Michelson: texte publié dans les pages « poésies » du journal philosophique & littéraire PLACE AUX SENS, N°5, été 2002.