Plaisir
Admirer un coucher de soleil du haut d'une falaise. Observer les différentes phases de la cérémonie, la lenteur de l'approche, l'entrée dans l'eau, précautionneuse comme celle d'un baigneur craintif, puis la résistance, le refus
–le regret, peut-être–
de se laisser engloutir…
Plaisir
Regarder le spectacle avec des jumelles, au risque de s'abîmer la vue. Constater que le soleil ne s'enfonce pas dans l'eau mais derrière une île invisible à l'œil nu. Le voir ciseler en rouge la silhouette des arbres, le bord abrupt d'une falaise, la pointe d'un clocher. Penser que, là-bas, des hommes vivent, chantent, rient
–ou pleurent–
sous un soleil un peu plus jaune pour encore une poignée de minutes…
Plaisir
Se tourner face à la nuit. Suivre des yeux l'ombre qui part de soi et va se perdre au loin, dans l'espace et le temps infinis. Se dire que l'on écrit là sa plus belle
–et sa plus inutile–
signature…
© Alain Tchungui: texte publié dans Inédit Nouveau (de Paul Van Melle) il y a une petite dizaine d'années.