Pleutil: Création-réaction littéraire

sam 21 déc 2002, 19h59, Paris.
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Papa… Noël Anne Poiré

il y avait le père
noël
il y avait le sapin
la famille

la tension

veillée

tout me ravissait

cela fleurait l'enfance
les étonnements

les lettres
tu ne les réexpédiais pas

parole
ni les songes

au brasier des chimères
labyrinthe à foison

certains chuchotaient
que tu n'existais pas
balivernes
de terribles imposteurs
bouleversantes menteries

dans le colimaçon des désirs
tu débusquais mes envies
mes appétits

opiniâtrement
tu instaurais frémissements

maman perdait
l'un des cadeaux

dans les placards
elle fouinait

qu'était-il donc devenu

cela embaumait
les commencements

alchimie de la faucheuse camarde qui reviendrait
bien trop souvent

le père
noël
était-ce lui

invulnérable

le père parti

une jeunesse
et tant et tant de noëls
ceux d'avant
ceux d'après

le père sans son costume
la barbe sans papa

le père dans son costume

étendu
pour aller là-bas

légendes brillantes
tatouées
dans mes réminiscences

répétées
chaque année

cérémonies immuables
agapes cotillons

ponctuation de la rumeur
ta visite imminente

moustache de givre
habillé de pavot
roi coquelicot

tu m'aidais à scruter loin
avec toi je n'avais pas peur

ni obscurité
ni appréhension ni détresse

invariablement j'expérimentais

jubilation

dans les marges
tu développais
mes délicats alphabets

pulpe incisive

je te faisais carillonner
dans tous mes dessins

clowns
dragons
fêtes foraines
manifestations
voyages en aérostat

tableaux sculptures
art et littérature

euphoriques hiéroglyphes
de la félicité

les feuilles d'acanthes
électriques
les girandoles mordorées
de verre
sphères concentriques
festons baroques

brisés

éclats d'émotion envolée

savoureuse antichambre
je tressais les minutes
il fallait patienter
sourdaient surprises
avant la mort du père
après

le père
noël

passerait
comme prévu

je m'empiffrais
je me régalais

affection

la houppelande rouge

je l'attendais

je l'espérais
je la craignais

attentes aux effluves d'origine

dans ton manteau
fleurs de congères
tes pattes d'oie
pareilles à de brûlants soleils

ton ballon d'ogre
prince
gonflé de souvenirs

papa parti trop tôt

j'escomptais ton retour
mois après mois

seule

bottes noires
ceinture noire
hotte noire

grelots
je grelottais

je savais
que tu ne reviendrais jamais

colis prometteurs
suggestifs
aux filets chantants
l'insouciance des attaches

les armoires
préalablement explorées
trésors multicolores
emballages rutilants
je les connaissais

l'on pouvait
longuement rêvasser
face aux boîtes ornées

ritournelle
musique claire
entraînante

une valse de vienne
s'élevait pour maman
son rire cristallin

tu nous faisais tourbillonner
rites imperturbables
traîneau dans le lointain

nous nous faisions beaux
nous nous parfumions
les femmes se maquillaient
se bijoutaient

la lanterne à l'entrée s'embrasait

tes rennes devinés

où étaient-ils conduits
mes rêves

s'éternisaient
les copieux festins
apéritifs
nous languissions

venait le banquet
infini cortège
miel des desserts
oasis des mandarines
délicieux nougats chocolats
oranges sorbets chantilly

singulières confiseries
sans lui

s'élaborait la décoration
méditation

alors seulement
s'amoncelaient les paquets

silhouette furtive
fulgurante

l'on sonnait

clochettes tintinnabulant
tu t'éloignais déjà

fournisseur infatigable
de mes soudaines incandescences

tu filais
fonçais

et toi
papa noël
papa parti

je t'attendais

y compris affublé
pas vrai
je t'aurais supporté

je m'en serais contentée

incessante attente
de décembre

devant la spirale
de mes impatiences

ô bolduc fabuleux

rencontre des débuts
en flocons larmoyants

papa parti trop tôt

c'était merveille
bougies et lustres
rassurantes lueurs

dans la pétarade
des fumées
les étoiles au salon
ne cessaient
de m'enflammer

les esclaffades explosaient
chaque seconde
atmosphère tendue

tu dispersais mes effrois
paniques escamotées
tu les anéantissais

scintillantes
chatoyantes

les comètes clignotaient
mes larmes séchaient
béatitude

je me pelotonnais

tu descendais
vers mes souhaits

extravagants itinéraires
fragiles
tu désenchevêtrais

câlins papa maman
date initiale
initiatique

cadeaux volés
baisers donnés

le père
noël

jamais ne m'oublierait
jamais ne m'oubliait

mais mon papa
rubans réconfortants
ils rappelaient mes boucles
or vénitien
rapidement je les arrachais
ils dévoilaient
libéraient
offraient

ah noël
l'engrais

à la source

apprentissage imaginaire
attendre

dans l'âtre le foyer
allegro majuscule
tohu-bohu

hors de l'atelier de jouets
sans doute
tu te préparais à te faufiler

les pièces s'égayaient
évoluaient

maman recouvrait de doré
modifiait

du deuil elle faisait fi
jetait les sanglots

j'espérais
t'entendre siffloter

toutefois le père
noël
après

ce n'était plus le même jamais

papa concurrençait
l'homme rebondi
son ventre rond
sa blanche toison

lunettes
ébouriffures de jais

en lui
tout me séduisait

derrière les étrennes
je l'attendais

grosse voix
fragrance de pipe
bonhomme de neige embusqué
mon amour de fillette
me remplissait en entier

j'ignorais encore
que j'étais orpheline

tous les ans
identique déception

pour toi
mèche limpide
je laissais la veilleuse
papa
qui ne reviendrait plus

l'on racontait que

féerie des tendres saisons
fragments
parcelles

réinventés

chenets et cheminées
tu magnifiais
les plus usés
de mes maigres souliers

j'aimais le bonnet la bedaine les bottes
la parure d'hermine

paillettes

argent
dorure

la poudre aux yeux

afin de continuer

bonheur
faste

tournis
vertige de la danse

noël c'était la magie

prestidigitatrice
maman voulait éclipser
atténuer

à gorge déployée
elle luttait

interminables attentes
de l'apothéose

au pied du conifère transformé

à flanc de souvenance
le rien
métamorphosé
la vie
améliorée

quel soulagement

noëls mythiques
l'on n'y retourne jamais assez grand

et le père fouettard
la mort
partie plus tard
arrivée à bon port

emporté
mon papa
j'avais neuf ans

et après

le père noël toujours là
peut-être lui

apparition

l'ailleurs était à ma porte

inspectant les friches
tu récoltais
apprivoisais mes vibrations
tu suscitais le trouble

l'espoir était partout présent

sous le postiche
qui sait
un jour ce serait lui

revenu
vivant
imposant

complice vêtu d'ouate
dans l'avalanche
du crépuscule

tu compatissais
tu m'assistais
tu abritais mes inquiétudes

les astres les chandelles guettaient

douceurs

moi
enfant
je les contemplais
sans savoir

dans le passé
ricochets

je forgeais mes chemins
je butinais virevoltais

interrogations primitives

je multipliais mes utopies
baume apaisant

ta hotte fortifiait
légère renforçait
mes énigmes ancestrales
mes envoûtants mystères

tu soulevais ma nuit
dans ta paume
totalement ouverte

tu la faisais tournoyer

intimement
tu déverrouillais
dédales et sourires
tu orchestrais
nécessaire jaillissement
jeu
tu tutoyais pour moi
les frissons

tressaillements

tu irriguais
gemmes précieuses

tu aiguisais
chavirais mes passions
bravo hourra youpi

il y avait les guirlandes
il y avait les paquets
il y avait les boules
les présents

les frères les sœurs
la vieille tante chenue

dans ton sillage
contrepoint au malheur
tu me sécurisais

tu m'affranchissais

il y avait la mère

il y avait eu le père
noël

papa
trop tôt parti

Photographie du jour


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