Tu ne sais plus à quel moment le banc a existé. À quelle époque ta première sensation s’est inscrite. En surface s’effacent les tourments. Quelque chose crée un barrage pour que jamais les yeux des souffrances ne remontent au ciel où tu habites le présent. Si cela advient, il te charrie au désert, loin des dogmes et loin de tout. Acceptée par toi-même, enfin, de la fenêtre ouverte à la solitude tu contemples le temps et y poses ton goûter.
Tu sais ce besoin de calme jamais assouvi, ton désir de ne plus user les mots afin de vibrer avec les scarabées qui, au zénith, tracent des signes magiques sur la dune.
L’important est dans cette lumière ignorante de ta vie, dans ces secousses de chaleur qui rident la peau des rêves. Rien ne restera que la lumière. La lumière sur les traces du banc.
Le banc de ton enfance est un nid où tu veux revenir. Sa présence sourde rode aux abords de toi. Mais chaque objet de ta mémoire fond depuis toujours sous la lumière, lentement.
Ton enfance mirage brûle à mille kilomètres de tout. À la place de tes pupilles, la douceur surexposée d’un vieux nid. Jusqu’à l’aveuglement du temps.
© Mireille Disdero: Inédit