SUICIDE
Espoir du malheur. Quant toutes les déceptions ont étreint, quand a été saisie la définitive inquiétude mêlée d’espoir, impure d’espoir, quand l’expérience du pire –la maladie, la femme, la mort– a rendu sage, vient un moment où tout paraît se dénouer, redevient don, renaît, s’offre à nouveau la possibilité au vide qui se comble d’infini, l’on se recompose pour à nouveau s’adonner au travail souterrain de l’ennui, au tiraillement de l’amertume, à la peur du bonheur, jusqu’à l’unique consolation, pourquoi ne pas lui avoir fait confiance, lui qui ne proposait que lui-même, et tout ce que l’on pourra jamais posséder: la délivrance de la peine? le soulagement? C’est le salut par le suicide.
© Jude Stéfan: extrait de Gnomiques, éditions Le Temps qu'il fait, 1985. Repris dans Rencontre avec Tristan Hordé, éditions Argol, mars 2005.